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8 novembre 2020

E prucessiò di a Simana Santa in u 1905


Les coutumiers des paroisses de Pianu et Casalta rédigés en 1905 nous donnent une idée assez précise de la vie liturgique quotidienne de nos villages à cette époque. 

Pour la Semaine Sainte, une description quasi-complète de nos processions du Jeudi Saint et du Vendredi Saint est faite par l’abbé Gabrielli, desservant de la paroisse de Pianu, alors que le curé Valentini de Casalta nous les retrace dans un style plus télégraphique. Il est à regretter l’absence du coutumier de la paroisse de Silvarecciu qui nous aurait donné un troisième regard complémentaire de ces moments où les trois communautés se visitent mutuellement.

Voici donc cette description du point de vue de Pianu :


Procession du Jeudi Saint.

Dans la soirée du Jeudi Saint, ordinairement entre six et sept heures du soir, on reçoit dans l’église la confrérie de Silvareccio qui, venant de Casalta, termine processionnellement ses visites par l’église de Piano. 

Pour cette réception les confrères de Piano s’avancent jusqu’au bout de la place de l’église, munis de la croix qui sert à l’exercice du chemin de la croix et de quelques bâtons dorés et ils font la haie à la confrérie de Silvareccio, ce qui se pratique toutes les fois qu’une confrérie étrangère à la paroisse vient visiter processionnellement l’église. 

Durant ce temps le curé de la paroisse se tient sur le seuil de la porte d’entrée de l’église en habit de cœur et en étole violette. Lorsque le curé de Silvareccio vient à entrer à l’église, il l’accompagne et le conduit au prie-Dieu qu’il lui aura fait préparer devant l’autel où se trouve le Saint Sacrement. 

Les confrères de Silvareccio chantent quelques strophes des stations de Metastasio (1) ou quelques versets du Miserere (2); puis s’il n’y a pas sermon le curé de Silvareccio récite les cinq Pater et les cinq Ave habituels, et l’oraison Respice (3). 

L’oraison terminée, le départ commence. Le curé de Piano accompagne le curé de Silvareccio jusqu’au bout de la place de l’église, puis il rentre à l’église pour se retirer chez lui.

Procession du Vendredi Saint.

Le lendemain matin de très bonne heure, ordinairement à six heures du matin, on se réunit à l’église paroissiale pour se rendre processionnellement à Casalta d’abord et à Silvareccio ensuite. 

Durant le trajet de Piano à Casalta on chante le Miserere et à la fin de chaque verset, tous les fidèles chantent le Miserere nostri Domine. 

À Casalta, après le chant de quelques strophes de Metastasio ou de quelques versets du Miserere, le curé de Piano agenouillé devant l’autel où se trouve le Saint Sacrement, récite cinq Pater et cinq Ave suivis de l’oraison Respice. 

Après ces prières a lieu le départ pour Silvareccio. La confrérie de Casalta se joint à la confrérie de Piano et cette dernière se place en tête de la procession, poste qu’elle ne quittera plus que sur le territoire de la paroisse de Piano. Là elle devra céder le pas à la confrérie de Casalta. 

Les deux curés de Piano et de Casalta marchent ensemble et suivent immédiatement les derniers confrères. À Silvareccio les chantres des deux confréries chantent quelques strophes de Metastasio ou quelques versets du Miserere, puis l’un des curés de Piano ou de Casalta récite les oraisons habituelles. 

Immédiatement après, on se rend à Piano où les chantres de Casalta chantent et le curé de la même paroisse récite les oraisons habituelles. Cela terminé les confrères de Casalta regagnent leur paroisse et les cérémonies du Vendredi Saint commencent dans l’ordre prescrit au Missel.


 

Prucessiò di u Ghjovi Santu, da u Silvarecciu - 1905



Prucessiò di u Vènneri Santu, da u Pianu - 1905


Volt’è gira è voga tondu

Vue d’en haut, on note immédiatement le caractère cyclique de ces processions reliant plusieurs villages, conformément à cet usage très répandu en Castagniccia et plus largement dans toute la Corse. Ici de surcroît, le sens de rotation s’inverse d’un jour sur l’autre, évoquant immanquablement a granitula qui s’enroule et se déroule dans une symbolique très forte de fin et de renaissance du monde mais dont le sens profond nous échappe encore aujourd’hui. Ce sens de rotation, sûrement pas dû au hasard, semble vouloir marquer un peu plus cette signification mystérieuse qui trouve certainement  ses racines dans un passé préchrétien.

On peut d’ailleurs noter que le clergé ne fait aucune mention d’a granitula, toujours pratiquée aujourd’hui à Casalta et Silvarecciu, alors qu’il donne des précisions sur les rites d’accueil confraternels, les chants, … Il est peu probable, on peut dire impensable qu’elle ne fût pratiquée à cette époque. Nous pensons plutôt que le clergé se cantonne à relater les usages les plus conformes aux dogmes de l’Eglise, évitant ceux plus éloignés, peut-être même tolérés à contrecœur ?

    

Accolta è fratellenza

Ces visites obéissent au principe de l’accueil de l’étranger sur son propre territoire, entre les membres du clergé entre eux, et les confréries entre elles dans des rituels bien distincts, mais identiques sur l’ensemble du temps liturgique bien au-delà de la Semaine Sainte. 

Lorsqu’une confrérie étrangère arrive sur le territoire, les confrères en tenue et munis des croix et bâtons de procession les accueillent en ligne, formant une haie d’honneur appelée ailleurs a parata. Une fois les visiteurs passés, les accueillants leur emboîtent le pas, s’incluant eux-mêmes dans la procession menée par les premiers. Ainsi toute l’animation sera à la charge de la confrérie visiteuse (granitula, chants, qui pourront être partagés, …). Et lorsque deux confréries processionnent ensemble, on cédera le passage à l’entrée de son propre territoire à celle devenue visiteuse. À son départ, cette dernière sera accompagnée jusqu’aux limites du territoire par la confrérie accueillante.

Ces pratiques résument à elles seules toute la pensée confraternelle basée sur l’accueil, le respect et la recherche de la paix entre les communautés.


Trè cunfraterne, duie prucessiò

Le Jeudi Saint, la confrérie de Silvarecciu se met donc en mouvement pour visiter les sépulcres de Casalta et Pianu. Le vendredi, celles de Pianu et Casalta vont ensemble visiter celui de Silvarecciu.

Pianu et Casalta évoluent donc dans un même mouvement mené par Pianu, alors que Silvarecciu évolue seule. Il faut en chercher les sources dans le passé du territoire de Cappella d’Ampugnani, toujours formé en 1646 de deux communautés, celle de S. Agostino de Silvareccio d’une part, et celle de S. Maria Natività, parocchiale a due ville dont les fonctions liturgiques sont partagées entre les oratoires de S. Rocco dello Piano et la Nunziata alla Casalta. Ce dernier, en accueillant le Saint-Sacrement, devient paroisse à part entière alors que San Rocco gardera longtemps son titre de vici parocchiale di Santa Maria.

Statuti di a cunfraterna di u Pianu - 1714


La trace la plus ancienne des confréries de Cappella remonte à 1714 lorsque la Confraternità delli disciplinati di Santa Croce del Piano d’Ampugnani rédige (plus probablement réécrit) ses statuts. Un article ajouté en 1731 atteste qu’elle regroupe les fidèles des deux ville de Pianu et Casalta. C’est donc là qu’il faut sans aucun doute trouver l’explication de ce mouvement processionnel commun transmis jusqu’à nos jours et conduit par le groupe portant à l’époque le titre de la confrérie unique, Pianu.

La fondation future d’une confrérie à Casalta (attestée en 1884) indépendante de Pianu, ne modifia pas l’usage ancestral des processions de la Semaine Sainte entre nos trois villages.       


Messe è Uffizii

C’est cette fois-ci le curé Valentini de Casalta qui nous renseigne un peu plus sur les autres rites de la Semaine Sainte : 

Le Mercredi Saint. À quatre heures du soir (de l’après-midi) Matines et Laudes. On prépare le reposoir pour le lendemain. Le curé a l’habitude de donner à boire à ceux qui ont travaillé au reposoir.

Jeudi Saint. À dix heures messe chantée. Chaque feu apporte une lampe pour brûler devant le reposoir. À trois heures du soir (de l’après-midi), Matines et Laudes. On reçoit la procession de Silvareccio à six heures du soir.

Vendredi Saint. À sept heures du matin on reçoit la procession de Piano ; celle de Casalta s’y joint pour se rendre à Silvareccio et à Piano pour visiter les reposoirs ; au retour office du jour, adoration de la Sainte Croix, messe des Présanctifiés (4) ; à quatre heures du soir Matines et Laudes.  

Samedi Saint. À neuf heures bénédiction du feu, chant de l’Exultet (5), lecture des prophéties, renouvellement des fonds baptismaux, chants des litanies, messe chantée. À une heure du soir bénédiction des maisons.

(Dimanche de) Pâques. À dix heures grande messe, sermon. À trois heures, bénédiction du T. S. Sacrement. 

Même cérémonie pour le Lundi de Pâques.


Comme on le sait, les confréries ont la charge d’animer et chanter les offices religieux en plus des processions. On reconnait ceux-ci sous le nom de « Matines et laudes » portant le nom d’Office des Ténèbres durant le Triduum pascal (Jeudi, Vendredi et Samedi Saints). On chantait les Ténèbres du Jeudi Saint au soir du Mercredi Saint, celles du Vendredi Saint au soir du Jeudi Saint et celles du Samedi Saint au soir du Vendredi Saint. 

Mais c’est lors de l’office dit le jeudi soir qu’un grand chandelier à 15 cierges, appelé triangle ou herse, était placé dans le chœur, et les cierges éteints peu à peu au rythme des antiennes chantées tout le long de cette longue cérémonie jusqu’à ce que retentisse dans l’église plongée dans l’obscurité u fracassu, le vacarme évoquant le tremblement de terre et la confusion au moment de la mort du Christ. La fin de l’office est censée être à la nuit tombée.

Mais on peut se demander si à Casalta les confrères ne célébraient pas cet office de jour plutôt que de nuit, les Matines et Laudes débutant tous les jours à 4 heures de l’après-midi sauf le jeudi où il se concluait avant 6 heures pour recevoir la procession de Silvarecciu. Il en est de même pour Pianu qui attendaient la procession moins d’une heure plus tard. Quant à Silvarecciu, de retour chez eux vers 8 ou 9 heures du soir, il est probable que l’office ait eu lieu avant la procession, et donc également de jour.

Malheureusement rien dans la mémoire orale ne nous renseigne sur ces offices des Ténèbres célébrés en Cappella. Seul un chandelier à 15 branches demeure dans la chapelle S. Austinu de Silvarecciu, unique relique d’un riche passé ...



Un sèculu dopu

Au lire de ce témoignage saisissant datant d’il y a plus d’un siècle, nombreuses sont les mutations subies par ces pratiques que l’on pense pourtant gravées dans le marbre. 

Le clergé en est absent depuis longtemps. Les confréries ont disparu à l’après-guerre. Mis à part Perdono mio Dio, tous les chants ont été substitués par des cantiques en français. La dépopulation du village de Pianu a entrainé l’arrêt des processions de ses habitants. La procession du jeudi a changé de sens, sans doute pour de simples raisons de commodité. Dans les années 1980 la procession du vendredi a été déplacée le soir afin de la préserver d’une mort annoncée. L’emprunt de la route goudronnée plutôt que des anciens chemins devenus impraticables a entraîné un allongement considérable de la durée des processions.

Penser donc que la tradition est figée, que la réalité d’un territoire dont on est témoin de son vivant puisse avoir été semblable par le passé, s’avère bien souvent une pure vue de l’esprit qui ne résiste que par la rareté des traces écrites pouvant décrire notre histoire locale. Les vicissitudes de chaque époque agissent sur les modes de pensée et forcent les hommes à adapter leurs modes de vie et leurs pratiques aux contextes nouveaux.

Il demeure que des gens ont spontanément continué à se revêtir des habits de leurs anciens bien après la disparition des structures confraternelles, à perpétuer des gestes, des usages communautaires venant du fond des âges et dont le sens même nous échappe aujourd’hui, sans jamais y renoncer. 

C’est à tous nos paisani vivants et disparus que nous voulons ici rendre hommage pour le miracle accompli.






(1) Metastasio : en fait, Via crucis écrites par Pietro Metastasio (Pietro Trapassi) poète né à Rome le 3 janvier 1698 et mort à Vienne en Autriche le 12 avril 1782. Ces Via crucis (Teco vorrei Signore, Avec Toi Seigneur je voudrais ...) ont été très largement diffusées dans l’ensemble de la Corse. 


(2) Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam (Ô Dieu ! aie pitié de moi, dans ta grande miséricorde) est un psaume d’affliction, le Psaume 50 long de vingt-et-un versets.


(3) L’oraison Respice est en fait l’Oratio super populum de la messe du Mercredi Saint (c’est une pratique ancienne de reprendre l’oraison sur le peuple qui conclut les messes de Carême à l’office de vêpres qui les suivent). Du reste, l’oraison Respice est la seule dite à tous les offices du Triduum, depuis vêpres du Mercredi Saint à none du Samedi Saint, elle contribue à l’unité et à l’identité liturgique forte de ces trois jours. 

Réspice, quæsumus Dómine, super hanc famíliam tuam, pro qua Dóminus noster Jesus Christus non dubitávit mánibus tradi nocéntium, et crucis subíre torméntum.

Nous vous prions, Seigneur, de regarder en pitié votre famille, pour laquelle notre Seigneur Jésus-Christ n’a point refusé de se livrer entre les mains des méchants, et de souffrir le supplice de la croix.

https://schola-sainte-cecile.com/2013/03/06/la-reforme-de-la-semaine-sainte-de-1955-3eme-partie-loffice-des-tenebres/


(4) Messe des Présanctifiés : On appelle parfois « messe des Présanctifiés » l’office de l’après-midi du Vendredi saint ; cette célébration garde en effet la structure d’une messe, mais, au jour où le Christ est mort, l’Église ne renouvelle pas le sacrifice eucharistique ; la communion qui achève l’office est donnée avec les hosties consacrées la veille — donc « présanctifiées » — à la messe du soir du Jeudi saint.

https://liturgie.catholique.fr/lexique/presanctifies/


(5) Exsúltet jam angélica turba cœlórum (Qu’exulte maintenant la foule des anges du ciel). Dans le Missel Romain, il est prévu de le chanter pendant la célébration nocturne de la vigile pascale, le soir du Samedi saint, dans le chœur de l’église, avant le commencement de la liturgie de la parole, au pied du cierge pascal qui a été allumé au feu nouveau béni à l’extérieur de l’église. 


6 avril 2019

26 mai 2018

Corpu di Cristu in u Pianu - Dumenica 10 di ghjugnu di u 2018




E Cappelle, Corpu di Cristu, Corpus Domini, Fête du Saint-Sacrement, Fête-Dieu, nombreux sont les noms de la plus glorieuse des fêtes catholiques, célébrée autrefois dans nos villages comme partout, dans une grande ferveur.

Le 10 juin, nous nous proposons de renouer avec cette tradition, mettant une fois de plus nos pas dans ceux de nos anciens, hommes et femmes qui avaient à cœur de préparer au mieux cet événement dans leur village.

Après la messe, le Saint-Sacrement sera exposé puis porté en procession dans son ostensoir étincelant par le prêtre, couvert du traditionnel baldaquin. Deux arrêts seront marqués aux cappelle, ou autels érigés et décorés par les villageois.

À chaque autel seront dites des prières puis le prêtre donnera la bénédiction aux fidèles présents en brandissant l’ostensoir à bout de bras. À cet instant, les enfants jetteront des pétales de fleurs de leur corbeilles préalablement remplies.

Pour prolonger ce moment de partage, nous resterons sur la place de l’église Saint Roch pour mettre en commun ce que chacun aura eu la gentillesse d’apporter.

U pocu face l’assai ...



      

23 décembre 2017

Le baroque religieux corse - Casalta, l’Annonciation.


Ce texte est extrait de l’ouvrage Le baroque religieux corse - Nicolas Mattei - Editions Albiana. Nous l’avons agrémenté de photos extraites de l’Inventaire général du patrimoine culturel (base Mérimée).




CASALTA - L’ANNONCIATION

Casalta, l’Annonciation
Pieve d’Ampugnani, diocèse de Mariana ed’Accia. C’est une église minuscule et fort basse, possédant, côté sud, un faux croisillon de transept résultant d’un début de transformations du plan (voir fig.). La façade a été réaménagée tardivement de manière classique. 



L’autel majeur, portant une toile de l’Annonciation, est daté de 1699. L’autel latéral du faux transept est doté, dans son fronton, d’anges embouchant des trompettes. Sont-elles celles du Jugement dernier ? Était-ce l’autel du Purgatoire ? La chaire maçonnée et portant la date de 1752 pourrait bien être des Raffalli.

Rappelons que cette petite église était, selon l’inventaire de 1780 rédigé par le curé Anton Carlo Casalta, à un demi-mille du village. Elle se trouve aujourd’hui au milieu de maisons d’une partie seulement de l’agglomération. Les habitations sont-elles venues jusqu’à elle ? Le même rédacteur affirmait que l’église appartenait aux anciens évêques du défunt diocèse d’Accia qui y firent résidence « per qualche tempo e se ne servirono da catedrale » (*). Le curé de Casalta, qui payait un salaire de 100 lires annuelles à celui de Piano, rédige aussi l’inventaire de cette vice-paroisse et de son église Saint-Roch. 



Autel latéral
Autel majeur



Chaire maçonnée





Piano, Saint-Roch.
Saint-Roch, à un mille de l’Annonciation, n’avait plus de toit en 1780, à l’exception d’une chapelle nord dédiée à saint Joseph. C’est dans cette chapelle latérale, à défaut de pouvoir le faire sur l’autel majeur, que l’on accomplissait alors toutes les fonctions sacrées par grâce spéciale accordée en 1762 par le visiteur apostolique Mgr Cesare Crescenzio de Angelis. Saint-Roch possède aujourd’hui une belle façade baroque. L’intérieur, repeint tardivement, n’a rien gardé de son caractère baroque, si tant est qu’il en ait eu un, puisque la reconstruction a forcément été postérieure à 1780. Le premier autel nord contient encore, en accord avec l’inventaire du curé Casalta, un tableau de la bonne mort de saint-Joseph. Le saint est figuré avec ses outils, de manière encore plus gauche ou meccanica qu’à Aiti ou Cambia. La toile est signée « Giovanni Raffaldi [nous disons bien Raffaldi et non Raffalli même si nous sommes persuadé qu’il s’agit de Giovanni Raffalli de Piedicroce] P.C.O. [Piedicroce d’Orezza ?] 1740 ».




Tableau de la bonne-mort de saint-Joseph





Notes :
(*) Manifestement l’auteur interprète mal les dires du curé Anton Carlo Casalta qui désigne Sainte-Marie-Nativité et non pas l’Annonciation comme église située à un mille des habitations, ancienne piévanie d’Ampugnani faisant un temps fonction de cathédrale de l’ancien diocèse d’Accia, et résidence des évêques d’alors.


12 septembre 2016

E Cunfraterne di a Casalta è di u Pianu




Statuti di a Cunfraterna Santa Croce di u Pianu d’Ampugnani - 1714.


Disciplinati di a Santa Croce


La trace la plus ancienne de la confrérie à u Pianu remonte à 1714, date à laquelle sont rédigés les vingt-six règles et chapitres des Statuts de la Confrérie de la Sainte-Croix, par Bernardo Agostini, prêtre de la paroisse d’u Silvarecciu.

On sait par ailleurs que la confrérie voisine d’u Silvarecciu, attestée depuis 1646, rédige ses statuts, en tout point identiques à ceux-là, avant 1671, date à laquelle ils sont agréés par le curé de la paroisse. La confrérie d’u Pianu n’étant pas mentionnée en 1646 par Mgr. Marliani, il semble que son existence soit donc plus récente et que les statuts silvareccinchi aient été utilisés et recopiés tels quels lors de son édification.

Toujours est-il que tout comme sa voisine, la confrérie d’u Pianu porte le titre des Disciplinati di Santa Croce, révélant ainsi son origine pénitente et flagellante, très répandue en Corse autant qu’en Italie centrale et septentrionale tout au long de ces siècles.

Nel Nome della S(anti)S(si)ma Trinità, Padre, e Figliuolo e Spirito Santo, incomincia la Regola e Capitoli della Confraternità delli disciplinati di S(ant)a Croce del Piano d'Ampug(na)ni.

Condition nécessaire à sa légitimité et à son existence d’un point de vue juridique, toute confrérie doit être érigée canoniquement, c’est-à-dire sous l’autorité ecclésiastique, en la personne de l’Evêque. Ainsi ces statuts furent officiellement reconnus et approuvés le 19 août 1671 par l’Evêque auxiliaire de Nebbiu Mgr Nicolao Gaetano Aprosio, en visite à a Porta d’Ampugnani et délégué par l’Evêque de Mariana et Accia.


Da u Pianu à a Casalta


Il est important de noter que jusqu’à l’aube du 18ème siècle et sans doute ecnore au-delà, les communautés, au sens religieux du terme, d’u Pianu et d’a Casalta n’en formaient qu’une. 

En 1646, l'Evêque Mgr. Marliani nous présente le territoire de Cappella comme ayant deux composantes, soient u Silvarecciu d’une part et Santa Maria (ou Pieve d’Ampugnani) d’autre part, cette dernière, qualifiée de parocchiale a due ville, regroupant les deux communautés d’u Pianu et a Casalta. Les deux populations continuent à recevoir les principaux sacrements dans l’antique église piévane ayant conservé ses fonts baptismaux, comme en témoignent les registres de baptêmes, mariages et défunts de Santa Maria Natività, communs aux deux communautés (Casalta et Piano, ou Casalta, Piano et Capellini) jusqu’à 1771 environ.

L’oratoire d’a Nunziata, en accueillant le Saint-Sacrement, devient paroisse à part entière, relayée par l’oratoire San Roccu à raison d'un tiers pour deux-tiers, une messe dominicale sur trois étant célébrée à San Roccu, les deux autres à a Nunziata. Plus d’un siècle plus tard (1786), on retrouve encore pour San Roccu ce titre de vici parocchiale di Santa Maria.

Cette ancienne unicité des deux communautés nous paraît justifier le fait que nous n’ayons trouvé aucune trace lointaine d’une confrérie à a Casalta, pourtant attestée en 1884 par la visite de l’Evêque auxiliaire Mgr. De Peretti, puis tout au long du 20ème siècle. Sans doute la confrérie constituée à u Pianu au 16ème ou 17ème siècle trouva ses membres au sein du secteur de Santa Maria, couvrant donc les deux ville d’u Pianu et a Casalta. Un article rédigé en 1731 à la suite des statuts officiels de 1714 semble confirmer cette hypothèse : 

A’ 23 marzo 1731
(…) Nell’istesso giorno si fa pure il presente capitolo che tutti li fratelli si della Casalta come del Piano debano dire il Matuttino della Settimana Santa insieme a vicenda si alla Casalta come al Piano e mancando paghino soldi dieci (…) e cosi sia.
Gio Brando Guidoni. 

Ainsi la confrérie, dont le prieur appartient d’ailleurs à une famille casaltaise, est-elle bien constituée de confrères originaires d’u Pianu aussi bien que d’a Casalta. Mais l’article dit également qu’il devient difficile de faire respecter l’usage des cérémonies observées en commun (en l’occurence l’Office des Matines de la Semaine Sainte) et que des sanctions s’imposent en ce sens !

On peut penser que la confrérie d’a Casalta put naître d’une scission au sein de la confrérie d’u Pianu, lorsque plus tard s’affirmèrent nettement les deux communautés l’une par rapport à l’autre. Mais à quelle époque exactement ? Les sources ne donnent pas de réponse claire, voire, brouillent légèrement les pistes ...

En effet, l’inventaire de Santa Maria Pievania di Ampugnani réalisé par Anton de Casalta vice-piévan d’a Casalta et u Pianu en 1780, soit 66 ans seulement après la date d’approbation des statuts de la confrérie d’u Pianu, fait état d’une confrérie à a Casalta, sans en mentionner aucune à u Pianu. 

Mieux, le vice-piévan mentionne parmi les personnages qui l’ont assisté en cette tâche un certain Giabicorso Torre Pr(ocurat)ore (1), e sindico (2) del SS.mo Sagramento di detta Chiesa della SS.ma Annunciata della Casalta, ainsi qu’un Matteo Santi Pr(ocurat)ore (1), e sindico (2) del S(antissi).mo Sagramento di detta Chiesa di S(ant).o Rocco. Puis il indique que l’église a Nunziata di a Casalta est dotée d’une chapelle latérale, cappella dedicata alla nostra S(igno).ra del Rosario dove vi è eretta la Compagnia del Rosario.

Tout cela donne donc pour u Pianu et a Casalta en 1780 une photographie sensiblement analogue à la celle de 1646 pour u Silvarecciu, avec une confrérie de la Sainte-Croix dotée en général de sa propre casazza, une compagnie du Saint-Sacrement et une autre du Rosaire, ces deux dernières ayant la charge dévotionnelle et administrative d’une chapelle latérale au sein de l’église paroissiale. Mais on sait que ce schéma est celui de la plupart des paroisses au lendemain du concile de Trente.  

San Roccu è a Nunziata, casazze



Les confréries possédaient souvent leur propre oratoire ou casazza
San Roccu à u Pianu
, c’est-à-dire leur lieu de réunion et de culte, dont elles pouvaient même être propriétaire.

Contrairement à u Silvarecciu, on ne trouve trace à u Pianu de casazza dans les écrits, sur le terrain ou dans les mémoires. Mais il paraît pratiquement certain que c’est la chapelle San Roccu qui assura dès le début cette fonction, en même temps qu’elle fut érigée au rang de vice-paroisse, comme en témoignent plusieurs articles enrichissant les statuts initiaux de 1714, ainsi que certaines pages du livre de compte rédigées à partir de 1786.

A’ 30 9bre 1719.
Nella chiesa di S(ant)o Rocco del Piano s’è aggiunto con il consenso di tutta la compagnia che (…)
 
A’ 23 marzo 1731.
Nella chiesa di S(an)to Rocco con consenso di tutta la compag(ni)a si fà questo capitolo che (…)
 
Mille e sette cento ottanta sei li tre settembre nella Piazza di San Rocco del Piano vici parocchiale di Santa Maria Pievania di Ampognani (…)

A Nunziata à a Casalta
Il en est de même pour la confrérie d’a Casalta dont on sait en 1780 qu’elle est hébergée dans les murs de l’église a Nunziata.

(…) nella qual Chiesa vi ufficiano i Confratelli della Confraternità per mancanza di Casazza, e da dove partono tutte le processioni, che s’indicheranno a suo luogo.






In Corsica francese


Libru di conti di a cunfraterna, da 1786 à 1925. 

Comme pour sa voisine d’u Silvarecciu, on sait peu de choses des tribulations vécues par la confrérie d’u Pianu lors des grands bouleversements parcourant la France de la fin du 18ème jusqu’au 20ème siècle. L’interdiction des confréries de pénitents de 1792 fut-elle effective dans cette partie de la Corse ? Quels effets eut dans nos villages le Concordat de 1802 ? Puis l’épiscopat de Mgr Casanelli d’Istria entre 1833 et 1869, évêque qui favorisa la réactivation des confréries sous le vocable de la Sainte-Croix ou celui de dévotions nouvelles ?

Mgr de Peretti en visite pastorale à u Pianu en 1844 indique qu’au dire du curé, la fabrique et la confrérie sont légalement constituées et l’aident à faire le bien dans la paroisse qui lui est confiée. Par contre à a Casalta, toujours au dire du curé, il y a désordre dans la fabrique comme dans la confrérie.

La consultation du livre de la confrérie d’u Pianu (Libro della Confraternità del Piano) qui consigne sans discontinuité de 1786 à 1925 l’état des comptes laissés chaque année par le prieur sortant au nouveau prieur nous donne aussi quelques indications.

De 1786 à 1886 on parle de Confraternita del Piano puis de Confraternita della parocchia di Piano, sans que l’on puisse en apprendre davantage sur son titre. Mais en 1888 et 1889, la confrérie porte le titre de Confraternita di San Rocco. Puis en 1892, en même temps que l’on passe de l’italien au français pour rédiger le livre, elle porte désormais le titre de confrérie de Saint-Georges. Il semble donc qu’elle n’eut aucune réelle interruption d’activité, mais changea de titre au cours des siècles, troquant les traces de ses origines pénitentes contre un vocable en rapport direct avec les dévotions paroissiales, signe sans doute d’un encadrement plus strict de la part du clergé, typique de la période contemporaine.

Crucifissu di prucessiò.
En revanche une photographie assez nette de la vie de la confrérie et de ses rapports avec l’ensemble du village nous est donnée pour l’année 1905, grâce à l’Inventaire et Coutumier de la paroisse. Ce document fut exigé par les autorités civiles à celles du diocèse et fut généralement établi par le curé de chaque paroisse.

La confrérie mène toutes les processions ayant lieu dans la paroisse : 
En tête marche un confrère muni d’un bâton doré, puis viennent les enfants et les femmes avec des croix et des bannières, le reste des confrères avec des crucifix et différents étendards, et enfin le curé qui ferme la marche. 

Bien sûr, le point d’orgue de l’activité cultuelle prise en charge par la confrérie demeure la Semaine Sainte, avec notamment les processions du Jeudi Saint et Vendredi Saint, véritables conservatoires, encore aujourd’hui, des anciennes pratiques liturgiques locales.

On sait également le fonctionnement de ses cotisations internes ainsi que la prise en charge des décès d’un confrère :

Il y a dans la paroisse une confrérie laïque qui exige de ses membres le versement d’une taxe annuelle de un franc. Elle se compose actuellement de vingt-cinq confrères. Ella a donc un revenu annuel de vingt-cinq francs.

Aux obsèques de chaque confrère, la confrérie supporte les frais d’inhumation jusqu’à concurrence de vingt francs. Elle donne sept francs de cire, sept francs pour la bière et six francs au curé pour l’honoraire de la messe, ce qui fait en tout vingt francs. 
Elle ne paie aucun casuel (3) à la fabrique (4) ou à l’église en dehors de la cire des enterrements que le curé et la fabrique partagent par moitié, sans aucune participation de la confrérie. 

L’activité de la confrérie, en tant que structure dotée d’une comptabilité et de dirigeants renouvelés chaque année semble s’achever en 1925, si l’on en croit le livre des comptes renseigné jusqu’à cette date. Ceci est confirmé par l’enquête de l’Evêque d’Aiacciu Mgr Rodié, diligentée entre 1928 et 1937, qui ne fait aucunement état d’une confrérie à u Pianu. Il évoque par contre à a Casalta la confrérie où 14 membres vont aux processions.

Mais sans doute comme ailleurs, les derniers confrères continuèrent à participer au culte, traditionnellement habillés de l’aube blanche, u camisgiu, et animant de leurs chants les cérémonies, jusqu’à ce que l’âge ou la santé ne le leur permettent plus ...



La confrérie d’u Pianu


La confrérie d’a Casalta


Omu si ramenta


Comme c’est le cas pour les autres villages, il reste bien peu d’objets de culte qui puissent témoigner de l’existence des confréries. Les vestiges d’un temps pourtant pas si lointain ont été balayés à tel point qu’on puisse même douter que tout ce pan de notre histoire ait pu exister véritablement ...

Seuls les plus anciens se souviennent encore des processions parcourant le village d’u Pianu, pour San Ghjiseppu, Santa Lucia ou San Roccu, de la procession allant du village jusqu’à San Ghjorghju, et des derniers personnages et chantres de la confrérie : Dumenicone Domestici, Arrigone Massei, Antone Orsatelli … 

À a Casalta, on revoit M. Chiappini, prieur de la confrérie, sonner en tenue sur les marches de l’église le rassemblement des confrères en temps de Pâques à l’aide de la crécelle, puis faire l’appel sur une tablette en bois à trous munie d’une liste et de petits bouts de bois.    



    

(1) Au sein de l’Eglise catholique, le procuratore est le représentant de la congrégation ou société religieuse à laquelle il appartient auprès du Saint Siège.

(2) Au sens médiéval, le sindico désigne un fonctionnaire dont la fonction est d’administrer sa communauté et de la représenter lorsqu’il s’agit d’en défendre les intérêts.

(3) Le casuel est le revenu aléatoire, par opposition au revenu régulier, pouvant être perçu pour l’exercice de certains ministères (baptêmes, bénédictions, funérailles, mariages).

(4) Le conseil de Fabrique était une institution qui avait pour fonction de gérer les biens matériels de la paroisse. Son organe exécutif était le bureau des « marguilliers », composé du curé, membre de droit et trois conseillers élus pour trois ans, les « fabriciens », qui se répartissaient les tâches de président, de secrétaire et de trésorier. Pendant la Révolution, les conseils de Fabrique furent dépossédés de leurs actifs déclarés propriété nationale, puis rétablis et réorganisés pendant le Concordat, puis définitivement supprimés par la Loi de séparation de 1905, et remplacés par des associations cultuelles.




Bibliographie :
- Relazione della prima visita pastorale di Monsignor Marliani. BSSHNC – 1890.
- Regola e Capitoli della confraternità degli disciplinati di S. Croce del Piano d'Ampugnani - 1714.
- Inventario S.a Maria Pievania di Ampugnani - 1780.
- I Disciplinati: una lunga storia di impegno religioso, artistico, sociale Carlo fornari - Storiadelmondo n. 45, 26 febbraio 2007.
- Paroisses, confréries et dévotions de Corse à l'épreuve de la Révolution française. Abbé F.J. Casta - Provence Historique No 156, 1989. 
- Sainte Marie de Bastia, la cathédrale à travers les siècles. Charles Bartoli - Ed. Scola Corsa - 1989. 
- Libro della Confraternità del Piano - 1786-1925.
- Inventaire et Coutumier de la paroisse de Piano - 1905 - Archives Diocèse Ajaccio.
- Visite pastorale Doyennés de Porta et San Nicolao par l'évêque auxiliaire Mgr de Peretti - 1884.
- Enquête sur les pratiques religieuses - Mgr Rodié - 1928-1937.
- Dizionario Treccani online.







13 mars 2016

Via Crucis 2016 - u Pianu

Sabatu u 12 di marzu di u 2016, sò state celebrate e Via Crucis da prete Carlotti, per sse strette di u Pianu fin’à in chjesa San Roccu.