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12 septembre 2016

E Cunfraterne di a Casalta è di u Pianu




Statuti di a Cunfraterna Santa Croce di u Pianu d’Ampugnani - 1714.


Disciplinati di a Santa Croce


La trace la plus ancienne de la confrérie à u Pianu remonte à 1714, date à laquelle sont rédigés les vingt-six règles et chapitres des Statuts de la Confrérie de la Sainte-Croix, par Bernardo Agostini, prêtre de la paroisse d’u Silvarecciu.

On sait par ailleurs que la confrérie voisine d’u Silvarecciu, attestée depuis 1646, rédige ses statuts, en tout point identiques à ceux-là, avant 1671, date à laquelle ils sont agréés par le curé de la paroisse. La confrérie d’u Pianu n’étant pas mentionnée en 1646 par Mgr. Marliani, il semble que son existence soit donc plus récente et que les statuts silvareccinchi aient été utilisés et recopiés tels quels lors de son édification.

Toujours est-il que tout comme sa voisine, la confrérie d’u Pianu porte le titre des Disciplinati di Santa Croce, révélant ainsi son origine pénitente et flagellante, très répandue en Corse autant quen Italie centrale et septentrionale tout au long de ces siècles.

Nel Nome della S(anti)S(si)ma Trinità, Padre, e Figliuolo e Spirito Santo, incomincia la Regola e Capitoli della Confraternità delli disciplinati di S(ant)a Croce del Piano d'Ampug(na)ni.

Condition nécessaire à sa légitimité et à son existence d’un point de vue juridique, toute confrérie doit être érigée canoniquement, c’est-à-dire sous l’autorité ecclésiastique, en la personne de l’Evêque. Ainsi ces statuts furent officiellement reconnus et approuvés le 19 août 1671 par l’Evêque auxiliaire de Nebbiu Mgr Nicolao Gaetano Aprosio, en visite à a Porta d’Ampugnani et délégué par l’Evêque de Mariana et Accia.


Da u Pianu à a Casalta


Il est important de noter que jusqu’à l’aube du 18ème siècle et sans doute ecnore au-delà, les communautés, au sens religieux du terme, d’u Pianu et d’a Casalta n’en formaient qu’une. 

En 1646, l'Evêque Mgr. Marliani nous présente le territoire de Cappella comme ayant deux composantes, soient u Silvarecciu d’une part et Santa Maria (ou Pieve d’Ampugnani) d’autre part, cette dernière, qualifiée de parocchiale a due ville, regroupant les deux communautés d’u Pianu et a Casalta. Les deux populations continuent à recevoir les principaux sacrements dans l’antique église piévane ayant conservé ses fonts baptismaux, comme en témoignent les registres de baptêmes, mariages et défunts de Santa Maria Natività, communs aux deux communautés (Casalta et Piano, ou Casalta, Piano et Capellini) jusqu’à 1771 environ.

L’oratoire d’a Nunziata, en accueillant le Saint-Sacrement, devient paroisse à part entière, relayée par l’oratoire San Roccu à raison d'un tiers pour deux-tiers, une messe dominicale sur trois étant célébrée à San Roccu, les deux autres à a Nunziata. Plus dun siècle plus tard (1786), on retrouve encore pour San Roccu ce titre de vici parocchiale di Santa Maria.

Cette ancienne unicité des deux communautés nous paraît justifier le fait que nous n’ayons trouvé aucune trace lointaine d’une confrérie à a Casalta, pourtant attestée en 1884 par la visite de l’Evêque auxiliaire Mgr. De Peretti, puis tout au long du 20ème siècle. Sans doute la confrérie constituée à u Pianu au 16ème ou 17ème siècle trouva ses membres au sein du secteur de Santa Maria, couvrant donc les deux ville d’u Pianu et a Casalta. Un article rédigé en 1731 à la suite des statuts officiels de 1714 semble confirmer cette hypothèse : 

A’ 23 marzo 1731
(…) Nell’istesso giorno si fa pure il presente capitolo che tutti li fratelli si della Casalta come del Piano debano dire il Matuttino della Settimana Santa insieme a vicenda si alla Casalta come al Piano e mancando paghino soldi dieci (…) e cosi sia.
Gio Brando Guidoni. 

Ainsi la confrérie, dont le prieur appartient d’ailleurs à une famille casaltaise, est-elle bien constituée de confrères originaires d’u Pianu aussi bien que d’a Casalta. Mais l’article dit également qu’il devient difficile de faire respecter l’usage des cérémonies observées en commun (en l’occurence l’Office des Matines de la Semaine Sainte) et que des sanctions s’imposent en ce sens !

On peut penser que la confrérie d’a Casalta put naître d’une scission au sein de la confrérie d’u Pianu, lorsque plus tard s’affirmèrent nettement les deux communautés l’une par rapport à l’autre. Mais à quelle époque exactement ? Les sources ne donnent pas de réponse claire, voire, brouillent légèrement les pistes ...

En effet, l’inventaire de Santa Maria Pievania di Ampugnani réalisé par Anton de Casalta vice-piévan d’a Casalta et u Pianu en 1780, soit 66 ans seulement après la date d’approbation des statuts de la confrérie du Pianu, fait état d’une confrérie à a Casalta, sans en mentionner aucune à u Pianu

Mieux, le vice-piévan mentionne parmi les personnages qui l’ont assisté en cette tâche un certain Giabicorso Torre Pr(ocurat)ore (1), e sindico (2) del SS.mo Sagramento di detta Chiesa della SS.ma Annunciata della Casalta, ainsi qu’un Matteo Santi Pr(ocurat)ore (1), e sindico (2) del S(antissi).mo Sagramento di detta Chiesa di S(ant).o Rocco. Puis il indique que l’église a Nunziata di a Casalta est dotée d’une chapelle latérale, cappella dedicata alla nostra S(igno).ra del Rosario dove vi è eretta la Compagnia del Rosario.

Tout cela donne donc pour u Pianu et a Casalta en 1780 une photographie sensiblement analogue à la celle de 1646 pour u Silvarecciu, avec une confrérie de la Sainte-Croix dotée en général de sa propre casazza, une compagnie du Saint-Sacrement et une autre du Rosaire, ces deux dernières ayant la charge dévotionnelle et administrative d’une chapelle latérale au sein de léglise paroissiale. Mais on sait que ce schéma est celui de la plupart des paroisses au lendemain du concile de Trente.  

San Roccu è a Nunziata, casazze



Les confréries possédaient souvent leur propre oratoire ou casazza
San Roccu à u Pianu
, c’est-à-dire leur lieu de réunion et de culte, dont elles pouvaient même être propriétaire.

Contrairement à u Silvarecciu, on ne trouve trace à u Pianu de casazza dans les écrits, sur le terrain ou dans les mémoires. Mais il paraît pratiquement certain que c’est la chapelle San Roccu qui assura dès le début cette fonction, en même temps qu’elle fut érigée au rang de vice-paroisse, comme en témoignent plusieurs articles enrichissant les statuts initiaux de 1714, ainsi que certaines pages du livre de compte rédigées à partir de 1786.

A’ 30 9bre 1719.
Nella chiesa di S(ant)o Rocco del Piano s’è aggiunto con il consenso di tutta la compagnia che (…)
 
A’ 23 marzo 1731.
Nella chiesa di S(an)to Rocco con consenso di tutta la compag(ni)a si fà questo capitolo che (…)
 
Mille e sette cento ottanta sei li tre settembre nella Piazza di San Rocco del Piano vici parocchiale di Santa Maria Pievania di Ampognani (…)

A Nunziata à a Casalta
Il en est de même pour la confrérie d’a Casalta dont on sait en 1780 qu’elle est hébergée dans les murs de l’église a Nunziata.

(…) nella qual Chiesa vi ufficiano i Confratelli della Confraternità per mancanza di Casazza, e da dove partono tutte le processioni, che s’indicheranno a suo luogo.






In Corsica francese


Libru di conti di a cunfraterna, da 1786 à 1925. 

Comme pour sa voisine d’u Silvarecciu, on sait peu de choses des tribulations vécues par la confrérie d’u Pianu lors des grands bouleversements parcourant la France de la fin du 18ème jusqu’au 20ème siècle. L’interdiction des confréries de pénitents de 1792 fut-elle effective dans cette partie de la Corse ? Quels effets eut dans nos villages le Concordat de 1802 ? Puis l’épiscopat de Mgr Casanelli d’Istria entre 1833 et 1869, évêque qui favorisa la réactivation des confréries sous le vocable de la Sainte-Croix ou celui de dévotions nouvelles ?

Mgr de Peretti en visite pastorale à u Pianu en 1844 indique quau dire du curé, la fabrique et la confrérie sont légalement constituées et l’aident à faire le bien dans la paroisse qui lui est confiée. Par contre à a Casalta, toujours au dire du curé, il y a désordre dans la fabrique comme dans la confrérie.

La consultation du livre de la confrérie du Pianu (Libro della Confraternità del Piano) qui consigne sans discontinuité de 1786 à 1925 l’état des comptes laissés chaque année par le prieur sortant au nouveau prieur nous donne aussi quelques indications.

De 1786 à 1886 on parle de Confraternita del Piano puis de Confraternita della parocchia di Piano, sans que l’on puisse en apprendre davantage sur son titre. Mais en 1888 et 1889, la confrérie porte le titre de Confraternita di San Rocco. Puis en 1892, en même temps que l’on passe de l’italien au français pour rédiger le livre, elle porte désormais le titre de confrérie de Saint-Georges. Il semble donc qu’elle n’eut aucune réelle interruption d’activité, mais changea de titre au cours des siècles, troquant les traces de ses origines pénitentes contre un vocable en rapport direct avec les dévotions paroissiales, signe sans doute d’un encadrement plus strict de la part du clergé, typique de la période contemporaine.

Crucifissu di prucessiò.
En revanche une photographie assez nette de la vie de la confrérie et de ses rapports avec l’ensemble du village nous est donnée pour l’année 1905, grâce à l’Inventaire et Coutumier de la paroisse. Ce document fut exigé par les autorités civiles à celles du diocèse et fut généralement établi par le curé de chaque paroisse.

La confrérie mène toutes les processions ayant lieu dans la paroisse : 
En tête marche un confrère muni d’un bâton doré, puis viennent les enfants et les femmes avec des croix et des bannières, le reste des confrères avec des crucifix et différents étendards, et enfin le curé qui ferme la marche. 

Bien sûr, le point d’orgue de l’activité cultuelle prise en charge par la confrérie demeure la Semaine Sainte, avec notamment les processions du Jeudi Saint et Vendredi Saint, véritables conservatoires, encore aujourd’hui, des anciennes pratiques liturgiques locales.

On sait également le fonctionnement de ses cotisations internes ainsi que la prise en charge des décès d’un confrère :

Il y a dans la paroisse une confrérie laïque qui exige de ses membres le versement d’une taxe annuelle de un franc. Elle se compose actuellement de vingt-cinq confrères. Ella a donc un revenu annuel de vingt-cinq francs.

Aux obsèques de chaque confrère, la confrérie supporte les frais d’inhumation jusqu’à concurrence de vingt francs. Elle donne sept francs de cire, sept francs pour la bière et six francs au curé pour l’honoraire de la messe, ce qui fait en tout vingt francs. 
Elle ne paie aucun casuel (3) à la fabrique (4) ou à l’église en dehors de la cire des enterrements que le curé et la fabrique partagent par moitié, sans aucune participation de la confrérie. 

L’activité de la confrérie, en tant que structure dotée d’une comptabilité et de dirigeants renouvelés chaque année semble s’achever en 1925, si l’on en croit le livre des comptes renseigné jusqu’à cette date. Ceci est confirmé par l’enquête de l’Evêque d’Aiacciu Mgr Rodié, diligentée entre 1928 et 1937, qui ne fait aucunement état d’une confrérie à u Pianu. Il évoque par contre à a Casalta la confrérie où 14 membres vont aux processions.

Mais sans doute comme ailleurs, les derniers confrères continuèrent à participer au culte, traditionnellement habillés de l’aube blanche, u camisgiu, et animant de leurs chants les cérémonies, jusqu’à ce que l’âge ou la santé ne le leur permettent plus ...



La confrérie d’u Pianu


La confrérie d’a Casalta


Omu si ramenta


Comme c’est le cas pour les autres villages, il reste bien peu d’objets de culte qui puissent témoigner de l’existence des confréries. Les vestiges d’un temps pourtant pas si lointain ont été balayés à tel point qu’on puisse même douter que tout ce pan de notre histoire ait pu exister véritablement ...

Seuls les plus anciens se souviennent encore des processions parcourant le village d’u Pianu, pour San Ghjiseppu, Santa Lucia ou San Roccu, de la procession allant du village jusqu’à San Ghjorghju, et des derniers personnages et chantres de la confrérie : Dumenicone Domestici, Arrigone Massei, Antone Orsatelli … 

À a Casalta, on revoit M. Chiappini, prieur de la confrérie, sonner en tenue sur les marches de l’église le rassemblement des confrères en temps de Pâques à l’aide de la crécelle, puis faire l’appel sur une tablette en bois à trous munie d’une liste et de petits bouts de bois.    



    

(1) Au sein de lEglise catholique, le procuratore est le représentant de la congrégation ou société religieuse à laquelle il appartient auprès du Saint Siège.

(2) Au sens médiéval, le sindico désigne un fonctionnaire dont la fonction est d’administrer sa communauté et de la représenter lorsqu’il s’agit d’en défendre les intérêts.

(3) Le casuel est le revenu aléatoire, par opposition au revenu régulier, pouvant être perçu pour l’exercice de certains ministères (baptêmes, bénédictions, funérailles, mariages).

(4) Le conseil de Fabrique était une institution qui avait pour fonction de gérer les biens matériels de la paroisse. Son organe exécutif était le bureau des « marguilliers », composé du curé, membre de droit et trois conseillers élus pour trois ans, les « fabriciens », qui se répartissaient les tâches de président, de secrétaire et de trésorier. Pendant la Révolution, les conseils de Fabrique furent dépossédés de leurs actifs déclarés propriété nationale, puis rétablis et réorganisés pendant le Concordat, puis définitivement supprimés par la Loi de séparation de 1905, et remplacés par des associations cultuelles.




Bibliographie :
- Relazione della prima visita pastorale di Monsignor Marliani. BSSHNC – 1890.
Regola e Capitoli della confraternità degli disciplinati di S. Croce del Piano d'Ampugnani - 1714.
Inventario S.a Maria Pievania di Ampugnani - 1780.
- I Disciplinati: una lunga storia di impegno religioso, artistico, sociale Carlo fornari - Storiadelmondo n. 45, 26 febbraio 2007.
- Paroisses, confréries et dévotions de Corse à l'épreuve de la Révolution française. Abbé F.J. Casta - Provence Historique No 156, 1989. 
- Sainte Marie de Bastia, la cathédrale à travers les siècles. Charles Bartoli - Ed. Scola Corsa - 1989. 
- Libro della Confraternità del Piano - 1786-1925.
Inventaire et Coutumier de la paroisse de Piano - 1905 - Archives Diocèse Ajaccio.
Visite pastorale Doyennés de Porta et San Nicolao par l'évêque auxiliaire Mgr de Peretti - 1884.
- Enquête sur les pratiques religieuses - Mgr Rodié - 1928-1937.
- Dizionario Treccani online.







16 janvier 2016

A Cunfraterna di u Silvarecciu


In core di u Settecentu

C’è la compagnia del SS. Sacramento e quella del Rosario con l’indulgenze ; ha la confraternita laica sotto titolo di S. Croce.
Lors de la visite des évêchés de Mariana et Accia en 1646, l’Evêque Mgr. Marliani fait état de trois confréries à u Silvarecciu. Il s’agit de la trace la plus ancienne dont nous disposons attestant de l’existence de confréries dans le village.

Celle de la Sainte Croix, qualifiée de laïque dans le vocabulaire de l’époque, peut remonter à la seconde moitié du 15ème siècle environ, par opposition aux deux confréries pieuses ou compagnie, plus récentes et liées aux dévotions nouvelles post tridentines. Édifiées dans l’élan du Concile de Trente, ces dernières n’étaient plus seulement établies au service de leurs membres eux-mêmes, mais en priorité du clergé et de la propagation de la foi au sein des populations civiles. Outre le but purement dévotionnel, elles géraient des activités d’entraide, subvenant aux besoins de la famille d’un membre en cas de maladie, organisant et gérant les obsèques, etc ... à l’image des premières qu’elles remplacèrent parfois. 

Les deux compagnies du Rosario et du SS. Sacramento possédaient très probablement leur espace de dévotion dans l’église S. Sebastiano, respectivement à l’autel latéral gauche dédié à N.D. du Rosaire et celui à droite, aujourd’hui dédié au Très Saint Cœur de Jésus.  

Sopraporta di a casaccia
La confrérie S. Croce en revanche devait posséder son oratoire propre, oratorio, casaccia ou casazza, peut-être dédié à l'Annonciation (cf. infra). La mémoire populaire fait toujours état de cet édifice comme ayant été adossé à l’église, dans son prolongement, vers l’est. Sans doute déjà à l’état de ruine, son emplacement figure sur le cadastre napoléonien datant de 1848 (parcelle 376). L’oratoire a entièrement disparu aujourd’hui, entièrement rasé lors de la construction du parking derrière l’église. Seule en témoigne encore une pierre parallélépipédique brisée qui pourrait venir du linteau de la porte d’entrée, portant le fragment d’inscription “ELLA COMPAG” (DELLA COMPAGNIA). L’existence de la casazza, ainsi que son usage en tant que lieu de délibération, est par ailleurs attestée en 1671 par les premiers mots d’un article ajouté aux statuts de la confrérie S. Croce :

1671 al 22 marzo giorno domenica nello ora(tori)o o sia casaccia della Confraternita del Silvareccio di Ampugnani (...)  


Statuti, regule è capituli


Les statuts d’une confrérie indiquent ordinairement le but particulier qu’elle se donne et les moyens pour l’atteindre. Ils précisent en premier lieu les obligations morales de bonne conduite et de bonnes mœurs de leurs membres. En découle l’obligation d’assiduité parfaite aux différents offices religieux et à la pratique fréquente des sacrements. Les statuts de chaque confrérie prévoient donc une réglementation précise concernant la présence aux exercices pieux, l’assistance aux messes, aux processions, la communion générale à chaque fête. 

Les statuts traitent également de tout ce qui a trait à son organisation interne. On y détermine le déroulement des élections des prieurs, sous-prieurs et de tous les autres officiers, trésoriers, secrétaires, sacristains …, leurs droits et devoirs, la durée de leur charge, ainsi que le déroulement des élections, les jours de réunions, etc. Toute transgression à ces règles et obligations peut être punie d’une peine pouvant aller d’une amende à l’exclusion définitive.

Condition nécessaire à sa légitimité et à son existence d’un point de vue juridique, toute confrérie doit être érigée canoniquement, c’est-à-dire sous l’autorité ecclésiastique, en la personne de l’Evêque. De même les statuts doivent être soumis à l’autorisation de ce dernier qui a tous pouvoirs pour les approuver ou les modifier. Toute modification ou tout ajout aux statuts sont considérés comme nuls s’ils n’ont pas obtenu son accord.

La consultation des archives de la confrérie S. Croce et de ses statuts, apparemment rédigés avant 1671, nous livre le titre complet de la confrérie, et par là même ses origines : 
Jesus Maria. In Nomine della Santissima Trinita Padre et Figliolo et Spirito Santo incomincia la Regola et Capitoli della Confraternita delli Disciplinati di Santa Croce del Selvareccio d’Ampog(na)ni.   
Les statuts sont publiés en présence du prêtre de la paroisse en 1671 et approuvés par lui.    
Io infras(critt)o Rettore dell(...) essere stati pr(es)ente alla publicatione delli sudetti Capitoli fatto li 22 marzo 1671 et haver accettato quanto salus semper iure Parochi. In fede. Jo Nicolao Paoli.
La confrérie voisine d’u Pianu, portant ce même titre de Disciplinati di Santa Croce, est dotée de statuts en tous points identiques, semble-t-il à partir de 1714. Il est probable que ceux de la confrérie d’u Silvarecciu puissent avoir servi de modèle à leur rédaction ou réécritureIl nous est impossible de savoir si ladoption de ces statuts, pour l’une comme pour l’autre communauté, coïncide avec l’adoption de ce titre, ou si les confréries en étaient déjà dotées précédemment.

Puis viennent de fréquents ajouts, ainsi que leurs régulières approbations par les autorités religieuses. Les statuts sont ensuite approuvés en 1685 par l’Evèque Fieschi y ayant apposé son sceau, puis à nouveau en 1695 et 1699, par son successeur De Mari.
1685 a di 9 maggio al Silvareccio di Ampug(na)ni (...) l’Il(lustrissi)mo e Rev(erendissi)mo Monsig(no)r Giorgio Fieschi Vesc(ov)o di Mar(ian)a et Accia (...) scritto in ogni m(eglior) modo ha confermato e conferma i capitoli, o siano regole in tutto c(ome) in esse incarricandone l’osservanza. 
1695 a di 21 Xbre in (...) l’Il(lustrissi)mo e Rev(erendissi)mo Monsig(no)r Gio Carlo de Maris Ves(co)vo di Mariana et Accia (...) ogni meg(lio)r modo hà confirmato, e conferma d(ett)i Capitoli, o siano Regole in tutto come in esse... incarcandone l’osservanza. E cosi sia.
1699 a di 2 Maggio nella Confraternità di S. Croce del Silvareccio in atto di visita. Prisentati li sud(ett)i Capitoli (...) V(esco)vo Monsignor Carlo de Mari.  

Les statuts sont ensuite approuvés en 1720 par un représentant de l’Evêque Della Rocca. Cet acte introduit l’Annonciation comme titre de la confrérie en sus de la Sainte Croix. Faut-il y voir le titre premier de l’oratoire, a casazza, ayant accueilli la confrérie à u Silvarecciu ? Faut-il y voir un lien dévotionnel avec l’oratoire d’a Santissima Nunziata di a Casalta, et la participation d’une partie de sa communauté au sein de la confrérie d’u Silvarecciu ?

1720 à 22 Sett(embr)e al Silvareccio d’Ampugnani in atto di visita. Il Molt(...) Sig(no)r Can(oni)co Ambroggio Maria Ferandini Visitatore deputato dall’Il(lustrissi)mo e Rev(erendissi)mo Mons(igno)r Andrea della Rocca Vescovo di Mariana et Accia visti li sudetti Capitoli della Confraternita della S(anti)S(i)ma Annonciata o sia S. Croce di detto luogo e tutto il contenuto in essi, e riconnosciuto che il tutto disposto à maggior gloria di Dio e per il buon’ordine e regolamento di d(ett)a Confraternita in ogni miglior modo, Volendosi della facoltà concessali dall’Ill(ustrissi)mo Hà li med(esi)mi Capitoli approvato e confirmato, conferma et approva con tutto il contenuto in essi interponendovi la sua e dell’ufficio suo autorità e decreto, laudandoli ingiongendone l’intiera osservanza sotto le pene in essi contenuti ed ogn’altra arbitraria all’Il(lustrissi)mo, e cosi sia.

Puis les statuts sont approuvés entre 1720 et 1726 par l’Evêque Saluzzo, son successeur, qui y appose son sceau.

172? (...) in atto di visita, l’Ill(ustrissi)mo e Rev(erendissi)mo Mons(igno)r Agostino Saluzzo Vescovo di Mariana et Accia visti, e considerati li sud(ett)i Capitoli et al tutto per ogni mig(lio)r modo, Hà affirmato, confirmato ed approvato, sicome afferma, conferma et approva li sud(ett)i Capitoli e tutto il contenuto in essi interponendovi la sua, e dell’ufficio suo autorità e decreto, laudandoli ingiongendone l’intiera osservanza sotto le pene in essi contenute et ogni altra a (…) Il(lustrissi)ma arbitraria, e cosi sia.


Disciplinati di a Santa Croce

Les confréries des Disciplinati della Santa Croce sont issues d’un mouvement né vers l’an 1260 à Perugia, où sous l’impulsion des moines Gioacchino da Fiore puis surtout Raniero Fasani, une multitude de fidèles, Battuti ou Battenti, se flagellèrent spontanément et publiquement lors des cérémonies et processions en signe de pénitence, s’imposant ainsi cette « discipline » en mémoire de la Passion du Christ. Ce phénomène connut une grande ampleur et se transmit très vite à toute l’Italie centrale et septentrionale, et à Rome. Malgré son interdiction en 1261 par le pape Alexandre IV, il continua à exister et à se propager, et n’eut de cesse de se développer au cours des 16ème et 17ème siècles, opérant progressivement certaines mutations, notamment par la flagellation devenant de moins en moins violente, essentiellement symbolique, tant à cause de l’évolution des mœurs au fil des ans que des interdictions récurrentes de l’autorité romaine.

Le mouvement connut un nouvel essor à l’aube du 15ème siècle, dans l’expression d’une ferveur divine face à la peste noire qui fît partout des ravages. Face aux grands périls de ce siècle (le Grand Schisme en était un autre) et pour éviter que le mal-être des fidèles, privés de tout guide, n’ait de graves conséquences d’un point de vue social et religieux, les ordres réguliers durent intervenir afin de donner au mouvement une forme non plus itinérante et spontanée, mais organisée et structurée en confréries permanentes, telles qu’on les connaît aujourd’hui. 

Elles furent probablement introduites en Corse après 1451, dans la mouvance des Frères mineurs de l’Observance. Plus qu’au couvent des Servites de Marie d’a Casabianca dont dépendent administrativement les pièves de Casacconi et Ampugnani mais dont on sait le peu d'influence qu’il eut sur les communautés hormis a Casabianca et Ortiporiu, faut-il plutôt voir dans la présence de ces confréries en Cappella une influence de lancien couvent da Venzulasca en Casinca, très proche de notre territoire, et fondé par ces mêmes Frères mineurs de l’Observance ? 


Le concile de Trente, célébré de 1545 à 1565 en réaction à la Réforme Luthérienne redéfinit en effet la structure des organisations liées à l’Eglise. L’ensemble de la communauté des fidèles devait être désormais rigidement guidée par l’autorité romaine, sans plus laisser la moindre place aux initiatives autonomes. Inévitablement les Disciplinati qui s’étaient toujours tenus à une certaine distance de la hiérarchie ecclésiastique furent concernés au premier chef par cette volonté de mieux les sélectionner, intégrer et porter à une parfaite obéissance, notamment par le biais de la rédaction de ces très rigides statuts et de l’obligation stricte à les faire respecter. 

Le mouvement des Disciplinati est donc à l’origine des très nombreuses confréries de culture pénitente qui ont modelé les cités et villages de Corse, et qui « par leurs obligations morales de bonne conduite et de bonnes mœurs de leurs membres, par les obligations sociales d’assistance, de charité, de régulation des conflits et de réconciliation des parties – rôle de paceri –, par leur "prise en charge" de la mort, non seulement de l’agonie du confrère à son inhumation, mais aussi en qualité de "passeur des âmes" et d’intercesseurs, s’affirment, au cours des siècles, comme marqueur d’identité et de sociabilité d’une société rurale et urbaine dont elles renforcent, par leurs pratiques, les solidarités. » (Les confréries de Corse, une société idéale en Méditerranée - Collectif - Musée de la Corse)



Oghje ghjornu 


Gunfalone di a Santa Croce
On suit encore en 1760 une confrérie érigée sotto il titolo di S. Croce qui semble être basée dans les murs de l’église S. Agostino et qui regroupe cent hommes et quatre-vingt-dix femmes. Alors qu’à S. Sebastiano on fait état dune confrérie sous le vocable de l’Annonciation (à moins que ce ne soit la même). 

Quel fut le destin de ces confréries lors des grands bouleversements vécus en France lors des 19ème et 20ème siècles ? Nous ne disposons d’aucun écrit pour le dire. On sait que les confréries de pénitents furent interdites par la Convention en 1792 et leurs biens déclarés nationaux, ce qui causa de grands troubles en Corse. Puis le Concordat napoléonien (1802) marqua un retour de la paix entre l’Etat et l’Eglise et une inflexion de cette tendance, mais toujours avec une grande méfiance des préfets envers les confréries.

Enfin la période allant de la Monarchie de Juillet (1830-1848) au Second Empire (1852-1870) vit une renaissance de ces dernières, sous l’épiscopat de Monseigneur Casanelli d’Istria, qui favorisa la réactivation des confréries selon les anciens modèles de la Sainte-Croix, et la création d’autres sous le vocable de dévotions nouvelles, mais avec un contrôle du curé qui ira toujours en s’accroissant. Il semble que la confrérie, malgré la perte de son oratoire, se maintînt au cours de ces périodes, peut-être sans interruption, en gardant son vocable de la Sainte-Croix, comme l’atteste le procès verbal dune audience de la Cour Royale de Bastia le 22 mars 1838 qui précise quil est d’usage que ces membres, la veille des Morts, se rendent avec le clergé au cimetière pour faire des prières en faveur des trépassés, et, au retour de cette cérémonie, les confrères s’invitent réciproquement à prendre quelques fruits et à boire à la santé des vivants.

Par la visite de Mgr. de Peretti en 1884, on sait que la fabrique et la confrérie, au dire du curé, sont légalement constituées et vont assez bien. Par Mgr. Rodié, on sait que la confrérie comporte 23 membres dans les années 1930.

Quelles en sont aujourd’hui les traces tangibles à u Silvarecciu ? Jusqu’à quelle époque a-t-elle opéré ? Le grand déclin des pratiques religieuses au cours du 20ème siècle ainsi que la dispersion progressive des objets de culte des paroisses nous ont laissé bien peu de choses. Un chandelier triangulaire à 15 pics conservé dans la chapelle S. Austinu témoigne à coup sûr de la pratique de l’Office du Jeudi Saint, ou Office des Ténèbres. Une bannière (gunfalone) noire, typique des confréries de la Sainte-Croix, en parfait état et pouvant dater de la moitié du 20ème siècle pourrait témoigner de l’activité de la confrérie jusqu’alors.

Mais l’héritage le plus significatif des confréries dans notre région est sans conteste la persistance des pratiques religieuses liées à la Semaine Sainte, par les processions du Jeudi Saint et du Vendredi Saint entre les trois villages de Cappella, spontanément organisées et menées par les laïcs. Pour les communautés, ce temps constitue toujours aujourd’hui le point culminant de l’année liturgique mais plus encore un élément puissant d’identification villageoise. Il reste le dernier événement où les villageois se vêtent de l’aube blanche, conforme au sac blanc des pénitents de la Sainte-Croix, autrefois systématiquement porté quelle que soit la cérémonie religieuse.

Candilaru di e Tènebre.
Pour en savoir un peu plus, il convient d’en référer à la mémoire des anciens. Ceux qui ont environ 70 ans aujourd’hui se souviennent que la génération de leurs parents était contemporaine d’a cumpagnia, qui avait la fonction de payer le cercueil de celui qui venait à mourir, puisant dans une caisse commune alimentée par des cotisations, et de prendre en charge la cérémonie complète de ses obsèques. On se souvient qu’elle prit en charge un enterrement au village dans les années 1940, et qu'elle perdura dans son activité cultuelle jusqu’aux années 1950.




Prucessiò cù u vescu, principiu 20u sèculu.
Cette dernière génération de confrères, née entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, a disparu dans les années 1950-1970. Jusqu’à cette époque, ceux d’entre eux qui avaient hérité (souvent de leur propre père) du répertoire de chant sacré propre à la confrérie, continuèrent à animer les messes, saluts et neuvaines, processions et funérailles (e sequie, pour lesquelles ils se déplaçaient aussi dans les villages aux alentours), toujours habillés de la traditionnelle aube blanche. Grands-parents ou arrières-grands parents de nombre de villageois aujourd’hui, ils restent toujours vivants dans les mémoires, souvent avec beaucoup d’affection. 




Chantres de notre temps, nous cherchons pour notre part à inscrire nos pas dans les leurs et savons que nous leur devons tout, eux qui ont contribué à faire parvenir des parcelles de leur monde jusqu’à nous, à travers les chants et les pratiques religieuses dont nous avons hérité. 

Nous aimerions en les citant leur rendre hommage, nous excusant auprès des familles de ceux que nous aurions pu oublier :


  • Anghjulusantu Pietrucci,
  • Vincente Moracchini,
  • Giovanni Sarselli, 
  • Francescu Blasi,
  • Paulu Blasi surnommé u Papa,
  • Filippu Paoli surnommé u Coccu,
  • Bastianu Paoli son frère,
  • Antone Raffaelli le menuisier,
  • Francescu Franceschi, surnommé Rafanu,
  • Ghjacumusantu Casanova, d’u Sorbu, 
  • Ghjiseppone Arrighi, porteur du bâton de procession et menant les processions, ou capu d’asta,
  • Dumenicu Farina.








Bibliographie :
- Relazione della prima visita pastorale di Monsignor Marliani. BSSHNC – 1890.
Regola e Capitoli della Confraternita delli Disciplinati di Santa Croce del Selvareccio d'Ampognani  174?.
- Dimande di Monsignore il Vescovo di Mariana ed Accia al Parroco di S. Agostino del Silvareccio – 1760.
Inventario di S. Agostino del Selvareccio di Ampugnani – 1760.
- Site personnel de Jean Gallian, Les confréries pieuses..
- I Disciplinati: una lunga storia di impegno religioso, artistico, sociale Carlo fornari - Storiadelmondo n. 45, 26 febbraio 2007.
- Les confréries de pénitents à Nice. Jacqueline Biren. débuts de l'Église luthérienne de Nice [de 1856 à 1918], p. 49-61. 18e année, 1978. N° 1.
- Les confréries de pénitents blancs dans la Corse rurale de l'époque moderne. Mauricette Mattioli - Coédition Albiana / Musée de la Corse (2010).
- Les Servites de Marie en Corse, Jean-Christophe Liccia (2000).
- Paroisses, confréries et dévotions de Corse à l'épreuve de la Révolution française. Abbé F.J. Casta - Provence Historique No 156, 1989.